• La Bible en ses Traditions

    Prototype

  • Prototype : un exemple de notre concept

    Le sacrifice d'Isaac

    Ce que vous allez trouver sur cette page

     

    Vous allez découvrir comment un texte de la Bible, le sacrifice d'Isaac, a inspiré le génie humain en peinture, en musique, en littérature ou en philosophie.

     

    Notre annotation fait également place aux interprétations des différentes religions : le judaïsme, le christianisme et l'islam.

     

    Enfin, vous pourrez éclairer plusieurs notions du texte à l'aide de l'histoire, de la géographie, de la théologie et de la Bible elle-même, qui ne cesse de se faire écho.

     

    Il ne vous reste plus qu'à choisir la catégorie qui vous intéresse sur le menu déroulant à gauche.

  • Petite introduction au texte biblique

    Le sacrifice d'Isaac se trouve au chapitre 22 de la Genèse. La Genèse est le premier des cinq «livres de Moïse » et offre à son lecteur une réflexion anthropologique.

     

    La thématique qui parcourt l’ensemble du récit concerne les relations fondatrices de l’être humain.

     

    L’épisode du sacrifice d’Abraham aborde la thématique de la relation entre père et fils.

     

    L’historien ne peut pas dire grand-chose sur l’historicité des personnages et des faits relatés dans la Genèse. Les sources anciennes connues par ailleurs sont muettes sur les faits que raconte ce livre.


  • Texte du sacrifice d'Isaac,

    tiré du livre de la Genèse

    au chapitre 22:

     

    Dieu mit au test Abraham – il lui dit (...) «Prends, je te prie, ton fils ton unique que tu aimes Isaac et va-t’en vers la terre du Morîyâ et fais-le monter là pour un holocauste sur une des montagnes que je te dirai » (…)

     

    Et ils arrivèrent au lieu que Dieu lui avait dit
    Et Abraham construisit là l’autel et il disposa le bois
    Et il lia Isaac son fils

    Et le plaça sur l’autel par-dessus le bois
    Et Abraham étendit la main et il prit le couteau pour immoler son fils
     

    Et l’ange messager du Seigneur l’appela du ciel et il dit « Abraham Abraham »
    Et il dit « Me voici»
    Et il dit «N’étends pas la main vers le garçon et ne lui fais rien
    Oui maintenant je sais que tu es un craignant Dieu et tu ne m’as pas épargné ton fils,

    ton unique »
     

  • Peinture

    Le Caravage, Le sacrifice d’Isaac, 1602, huile sur toile, 

    Galerie des Offices, Florence

    Le Caravage, Le sacrifice d’Isaac, 1605, huile sur toile, Piasecka-Johnson Collection, Princeton

     

     

    Le Caravage traite au moins deux fois Le sacrifice d’Isaac. Il y saisit le moment du sacrifice et de l’intervention de l’ange, et offre un jeu de lumières spectaculaire (contre-jour presque complet dans la toile de 1605), qui souligne le pathos de la scène et introduit le spectateur à l’intérieur du drame.

     

    L’artiste représente avec une grande maîtrise les émotions des trois personnages : un Abraham docile mais perplexe, un Isaac horrifié et l’ange déterminé qui montre le bélier de son doigt.

     

    La douceur du bélier et le paysage paradisiaque du fond tranchent avec la tragédie personnelle d’Abraham.

     

    Rembrandt, Le sacrifice d’Abraham, huile sur toile, 1635, Musée de l’Hermitage, Saint-Petersbourg

     

     

    Rembrandt insiste sur l’innocence d’Isaac aveuglé par la main de son père et au corps blanc comme une hostie, tandis que l’arme tombe de la main d’Abraham interpellé par l’ange.

     

    Note : dans la liturgie catholique, l'hostie est le pain sans levain que le prêtre consacre et que les fidèles mangent comme corps de Jésus Christ

    Marc Chagall, Le sacrifice d’Isaac, 1960-66, huile sur toile, Musée national

     

     

    Marc Chagall a traité plusieurs fois le récit du sacrifice d’Abraham. Le sacrifice d’Isaac de 1960-66 (huile sur toile, Musée national, Nice) donne par son style onirique un sens universel au sacrifice d’Isaac.

     

    Il introduit en arrière-plan une scène de la Shoah ainsi qu’une silhouette portant une croix, poursuivant ainsi la tradition iconographique qui relie l’Aqéda (la ligature) d’Isaac avec la crucifixion de Jésus nouvel Isaac, tout en montrant également l’universalité de la douleur d’Abraham.

     

    Non seulement l’Église et la Synagogue trouvent dans l’Aqéda (la ligature) un symbole puissant des mystérieuses relations entre Dieu et les croyants, mais aussi chaque génération du genre humain peut s’identifier avec Abraham dans cette dramatique nécessité de choisir entre deux valeurs qui semblent irréconciliables

  • Musique

    Leonard Cohen, « Story of Isaac » (Folk, 1969)

     

    Dans la musique populaire récente l’épisode a été l’occasion de considérer les relations entre Isaac et ses parents ou du problème du sacrifice des jeunes au temps de guerre.

     

    Paroles de la chanson :

    Lentement la porte s'ouvrit
    Mon père fit son entrée
    J'avais neuf ans alors
    Et devant moi il était si grand
    Ses yeux bleus étaient brillants
    Et sa voix était glaciale.
    Il dit : " J'ai eu une vision
    Et tu sais que je suis saint et fort
    Je dois obéir aux ordres. "
    Il se mit donc à gravir la montagne
    Moi je courais et lui marchait
    Et sa hache était en or.

     

    Les arbres se firent tout rabougris
    Le lac Lin miroir de dame
    Nous fîmes halte pour boire du vin.
    Puis il jeta la bouteille
    Qui se brisa une minute ' après
    Et sur la mienne il mit sa main.
    Il me sembla Voir Lin aigle
    Mais peut-être était-ce un vautour
    Jamais je ne pus discerner.
    Puis mon père bâtit un autel
    Il regarda une fois derrière son épaule
    Sûr que je n'irais pas me cacher.

     

    Vous qui bâtissez les autels à présent
    Pour sacrifier ces enfants
    Vous ne devez plus jamais le faire.
    Un projet n'est pas une vision
    Et jamais vous n'avez eu de tentation
    Ni par le ciel ni par l'enfer.
    Vous qui êtes debout devant eux maintenant
    Vos hachettes émoussées et sanglantes
    Vous n'étiez pas là hier.
    Lorsque je gisais sur une montagne
    Et que la main de mon père était tremblante
    De la beauté du verbe.

     

    Et si maintenant vous m'appelez frère
    Pardonnez-moi si je m'enquiers
    En vertu de quelle volonté ?
    Quand tout cela tombera en poussière
    S'il le faut je vous tuerai
    Si je le peux je vous aiderai.
    Quand tout cela tombera en poussière
    S'il le faut je vous aiderai
    Si je le peux je vous tuerai.
    Et pitié pour notre uniforme
    Homme de paix ou homme de guerre
    Le paon fait la roue.

     

    Joan Baez, « Abraham and Isaac » (Folk, 1992)

     

    Dans sa chanson Joan Baez traite le sujet des actions violentes commises au nom de Dieu. 

  • Histoire et géographie

    Photo de la Coupelle du Rocher à Jérusalem en 1921, lieu du sacrifice pour les musulmans, érigé sur une esplanade que les Juifs désigne comme le Mont du Temple. Père Savignac, Fonds photographique de l’EBAF.

    « la terre du Morîyâ » (verset 2)

    Dans le cadre du cycle d’Abraham et de la Genèse, le lieu du sacrifice n’est pas situable.

     

    Mais le mont Morîyâ dont il est question a été identifié avec le mont du Temple de Jérusalem comme l'indique le deuxième livre des Chroniques dans l'Ancien Testament (chapitre 3, verset 1). L'identification a été suivie par toutes les traditions juives et chrétiennes (et aussi dans l’Islam).

     

    Pour certains commentateurs musulmans, l’actuelle Coupole du Rocher sur l’Esplanade, s’élèverait à l’endroit où Abraham prépara l’autel du sacrifice. Après La Mecque et Médine, c’est le troisième lieu saint des musulmans.

     

    Pour les juifs et les musulmans, ce lieu est véritablement sacré ; pour les chrétiens, il représente, avec le Saint-Sépulcre, le Golgotha et le mont des Oliviers, une étape de pèlerinage.

  • Tradition juive

    L’Aqéda

    La tradition juive nomme cet épisode Aqéda (« ligature»). Ce récit revêt une importance particulière car la tradition juive voit dans l’Aqéda l’obéissance modèle des ancêtres Abraham et Isaac.

    Symbole de la destinée juive

    Halpern Leivick (1888–1962), poète de langue yiddish, commente un souvenir d’enfance et réinterprète l’Aqéda à travers le prisme de la Shoah:

     

    «Lorsque j’étais enfant, mon Rebbe (rabbin) me racontait l’histoire du sacrifice d’Isaac

    – Rebbe, disais-je angoissé, et si l’Ange était arrivé en retard ?

    – Sache, mon fils, répliquait le Rebbe, que l’Ange n’arrive jamais en retard».

     

    Leivick ajoute : « Aujourd’hui nous savons que six millions de fois l’Ange est arrivé en retard » (1956).

    La liturgie synagogale

    La liturgie synagogale lit le texte du sacrifice d’Isaac 22 le deuxième jour de la fête de Rosh Hachana (nouvel an juif, au début de l’automne), qui annonce le jugement de Dieu et appelle au repentir.

  • Tradition chrétienne

    Isaac, préfiguration de Jésus Christ

    Pour la tradition chrétienne Isaac chargé du bois préfigure l’Évangile de Jean (chapitre 19, verset 17) où Jésus « porte lui-même sa croix ».

     

    Clément d’Alexandrie, père de l’Eglise du troisième siècle indique : « Isaac [...] est le type du Seigneur : enfant en tant que fils – puisqu’il était le fils d’Abraham comme le Christ est le fils de Dieu – victime comme le Seigneur. Mais il ne fut pas consumé, comme le fut le Seigneur. Isaac se borna à porter le bois du sacrifice, comme le Seigneur celui de la croix. » (Paed. 1,5,23).

    Célébration pascale des hauts faits de Dieu dans l’histoire

    Le sacrifice d’Abraham est lu dans la liturgie latine de la résurrection le Samedi Saint, au moins depuis 1570.

  • Tradition musulmane

    Coran

    Le Coran, sourate 37, 102-109, évoque le sacrifice d’Abraham. Le Coran ne précise pas d’Isaac ou d’Ismaël, quel est le fils d’Abraham dont il est question . 

     

    Les deux premiers fils d'Abraham sont en effet : 

    - Ismaël, mis au monde par sa servante Agar, 

    - Isaac dont la mère est Sarah. 

     

    Le texte biblique présenté ici parle d'Isaac, contrairement au Coran qui ne précise pas l'identité du fils.

     

    Tabari (historien et exégète perse du Coran de la fin du 9e s.) penchait pour Isaac, mais les traditions populaires ont fini par choisir Ismaël, fils premier-né d’Abraham et vénéré comme l’ancêtre des Arabes.

    Rites

    L’islam célèbre le sacrifice d’Abraham avec la fête de l’Aïd al-Adha (« fête du mouton ») ou Aïd el-Kebir (« grande fête ») qui clôture le pèlerinage à La Mecque, le dixième jour du dhû al-hi- jja (dernier mois lunaire du calendrier musulman).

     

    À La Mecque même, et partout dans le monde, on y immole un animal en souvenir du geste de soumission d’Abraham, lors de l’épisode du «non- sacrifice» du fils. 

    La bête immolée est ensuite consommée par les membres de la famille et les amis. Une part est réservée pour le partage avec les plus défavorisés. Cette fête clôt le cycle annuel des fêtes de l’Islam.

  • Littérature

    Époque moderne

    La perplexité d’Abraham est traitée dans la littérature moderne anglaise de plusieurs façons:

    • comique par Henry Fielding dans Joseph Andrews (1742);
    • ironique par William Blake dans le Book of Urizen (1794);
    • tragique par Thomas Hardy dans Tess of the D’Urbervilles (1891).
  • Philosophie et sciences humaines

    Philosophie

    Søren Kierkegaard, Crainte et tremblement (1843), insiste sur le rôle de la foi dans une relation entre une personne et Dieu.

     

    Il est convaincu que le christianisme contemporain a troqué une foi vivante contre une vertu éthique conventionnelle, et a ainsi perdu ce qui est au cœur de la Bonne Nouvelle.

     

    Il souligne l’antithèse entre foi et éthique: en sacrifiant Isaac dans la crainte et le tremblement, Abraham transcende les limites de l’éthique et devient un «chevalier de la foi».

     

    Dieu a une autorité supérieure, alors que l’existence et la pensée humaines sont toujours limitées, contrairement à la philosophie de Hegel ; l’homme est ainsi invité à mettre au centre de sa vie la foi et la révélation.

    Psychanalyse clinique

    De nombreux auteurs contemporains font appel aux sciences humaines pour relire le récit de la ligature d’Isaac. Ainsi, Marie Balmary (1986) lit-elle le passage en fonction de son expérience psychanalytique clinique. (…)

    Abraham ne comprend pas la demande divine. C’est sa paternité mal comprise qui doit être sacrifiée, pour qu’Isaac devienne un homme adulte et libre.

  • Vocabulaire

    « un holocauste » (verset 2)

    Type de sacrifice où la victime est entièrement consumée sur l’autel . Il correspond à une offrande totale à Dieu.

  • Intertextualité biblique

    La Bible fait écho à un thème du texte

    Les sacrifices d'enfants

     

    La Bible condamne les sacrifices d'enfants à de nombreuses reprises :

     

    Lévitique, chapitre 18, verset 21 :

    "Tu ne livreras pas de tes enfants à faire passer à Molek, et tu ne profaneras pas ainsi le nom de ton Dieu. Je suis Yahvé."

     

    Deutéronome, chapitre 18, verset 10 :

    "On ne trouvera chez toi personne qui fasse passer au feu son fils ou sa fille, qui pratique divination, incantation, mantique ou magie"

     

    Jérémie, chapitre 7, verset 31 :

    " ils ont construit les hauts lieux de Tophèt dans la vallée de Ben-Hinnom, pour brûler leurs fils et leurs filles, ce que je n'avais point ordonné, à quoi je n'avais jamais songé."

     

  • Théologie

    La théologie éclaire deux notions du texte

    La montagne

     

    Au verset 2 du texte, Dieu dit à Abraham : "fais-le monter là pour un holocauste sur une des montagnes que je te dirai".

     

    Dans la Bible, la montagne est un lieu mystique, un lieu privilégié pour la rencontre de Dieu :

    mont Morîyâ, mont Sinaï, mont du Temple, Mont de la tentation, de la Transfiguration, Golgotha, mont de l’Ascension.

    "craignant Dieu" (verset 12)

     

    La crainte de Dieu est l’une des notions les plus importantes de la théologie de l’Ancien Testament. C’est non seulement comme l’origine d’une expérience religieuse, mais aussi le terme décrivant la nature même de la religion.

     

    Puisque Dieu est un mysterium tremendum et fascinans, les croyants éprouvent envers lui, à la fois la crainte et la fascination. La crainte a pour origine la reconnaissance de la majesté de Dieu, Être éternel et suprême, tout-puissant et transcendant: Dieu est le tout autre. En même temps, l’homme qui croit se sent irrésistiblement attiré vers lui.

     

    C’est pourquoi la crainte de Dieu associe ces deux attitudes apparemment contradictoires.

     

    La crainte de Dieu est parfois provoquée par la seule présence divine (p.e. Gn 28,17 ; Ex 3,5 ; Ps 99,3) ; ici la crainte d’Abraham se manifeste à travers son obéissance inconditionnelle à un ordre divin. Aujourd’hui, on parlerait plutôt de respect de Dieu.